La crudité de ce livre porta les censeurs allemands à l'interdire pour outrage aux bonnes mœurs. Autant déroutés par le fond que la forme, ils reprochaient au livre ses incorrections grammaticales, dessins, cartes, jeux typographiques et sa narration complètement déstructurée… Or c'est le chef-d'œuvre incontestable de Kathy Acker, écrivain culte, post-moderne, prolifique, auteur d'une œuvre unique et foisonnante. Ce roman d'apprentissage, version picaresque, raconte l'histoire de Janey à la façon d'un journal intime, expérimental, dans lequel figureraient collages et fac-similés. Janey a dix ans lorsque ses infortunes débutent. Empêtrée dans une relation incestueuse avec son père qui la fait souffrir comme une amante délaissée, Janey relate cette liaison sur le mode du vaudeville blasé. Elle rejoint New York, où elle découvre le punk rock, écrit des poèmes, subit plusieurs avortements, vend des cookies, attrape une MST. Prisonnière d'un maître persan qui la forme au métier de catin, elle réécrit La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne, apprend la langue et la calligraphie persanes. Libérée, elle fait un « voyage au bout de la nuit » pour retrouver Jean Genet à Tanger. Le fil conducteur de ce roman pulvérisé réside dans la fraîcheur survoltée de la voix narrative, irrévérencieuse et érudite, bravache et fragile, onirique et « pornographique », palimpseste et autobiographique, pillarde et surdouée.