"J'ai demandé, mais vous n'entendez rien, écoutez un peu. Ce sont les moules, a dit ma mère, et je me rappelle encore que j'ai dit, n'est-ce pas que c'est atroce, alors que je savais
bien qu'elles étaient encore vivantes, mais je ne m'attendais pas à ce qu'elles fassent ce craquement avec leurs coquilles, je m'attendais seulement à ce qu'on les fasse cuire et à ce
qu'on les mange, sans plus. Mon frère n'a pas trouvé ça atroce, et ma mère a dit qu'elles allaient justement s'ouvrir, ce qui ferait bouger tout le tas de moules. J'ai été épouvantée
de voir bouger tout le tas de moules pendant qu'elles s'ouvraient, mais je n'ai pas eu pitié d'elles, bien sûr, après tout c'est moi qui les mange, même si je n'en raffole pas, c'est
une évidence qu'elles vivent encore avant, et que quand je les mange, elles ne vivent plus, je mange aussi des huîtres, et là, je sais même qu'elles sont encore vivantes au moment où
je les mange, mais elles ne font pas ce bruit-là."
Prenez quatre kilos de moules, grattez un peu les sentiments, faites frémir au court-bouillon du ressentiment, assaisonnez d'humour féroce, et vous aurez le dîner de famille le plus
abominablement drôle de l'année.